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Combien de beauté faut-il ?

Nous savons exactement comment naissent les idéaux de beauté. Nous nous y conformons quand même. Entre les routines d’optimisation, les filtres et l’envie de ressembler encore à soi-même, la contradiction s’est déplacée à l’intérieur de nous. Pour le Super Flattering Beauty Index, Irène Schäppi a posé cette question à 63 personnes.

TEXT: IRÈNE SCHÄPPI
Photos voir légendes

En bref

La comparaison est intégrée aux plateformes : la recherche évaluée par les pairs montre que c’est le scroll, et non la publication, qui fait les dégâts. Dans l’enquête menée par Super Flattering auprès de 63 personnes, 62 % disent vivre en elles-mêmes la fracture entre la perfection et une vie plus naturelle. Interrogées sur ce qu’est la beauté, presque aucune n’a parlé d’apparence.

Dossier

Black-and-white portrait of Franzisca Gartenmann with long dark hair, wearing a sleeveless top and fine chain necklace.
Franzisca Gartenmann
Raphaela Pichler seated in a houndstooth blazer and tie, with a small black dachshund resting across her lap.
Raphaela Pichler

I. Le Beauty Gap

Scroller, comparer, ne jamais être assez. Un mécanisme qui n’a rien d’un hasard.

Toi aussi, ça te fatigue ? Moi, je ne suis pas seulement fatiguée, je me sens carrément assommée dès que les réseaux sociaux, les newsletters Substack et parfois même mon entourage me mettent sous le nez des routines beauté que je n’arrive pas à suivre.

Une journée type. Le réveil sonne à 4 h 30, et on commence par retirer les gadgets : tape buccal, patchs anti-cicatrices stratégiquement placés, censés empêcher les plis dus au sommeil sur le côté ou sur le ventre, enveloppements du ventre à l’huile de ricin, et j’en passe. Ensuite, divers compléments alimentaires, idéalement avec de l’eau à la créatine, puis au moins quinze minutes sur la plateforme vibrante, masque LED à lumière rouge compris. Dans la salle de bains : superposition de plusieurs produits, massage gua sha ou appareil à ultrasons pour raffermir la peau, protection solaire, surtout ne pas oublier. Puis dehors, course ou marche avec gilet lesté. De retour des 10 000 pas du matin, petit-déjeuner, le plus protéiné possible, sinon la combustion des graisses ne suit pas. Le café seulement après, puisqu’à jeun il ferait monter le taux de cortisol. Tout ça parce qu’une grande partie de notre société veut ressembler à Hailey Bieber, Anne Hathaway ou Braden Peters, alias Clavicular.

Et oui, j’en suis. D’où mon archive Instagram pleine de posts enregistrés sur le face yoga, les régimes alimentaires, le Pilates à la maison et le reste, que je ne regarde presque jamais. À cela s’ajoutent la comparaison permanente avec les A-listers du moment et ce sentiment sourd de ne pas être assez belle. Pas assez bien.

Je ne suis pas la seule, et c’est documenté. En août 2025, une équipe de recherche dirigée par Minhui Li a montré dans Frontiers in Psychology que c’est le fait de scroller des images de corps plus beaux, et non de poster, qui nourrit la jalousie physique et l’insatisfaction envers son propre corps. Le mécanisme s’appelle l’appearance upward comparison. Une revue systématique de Xu et al., parue en 2025 dans SAGE Open, arrive à la même conclusion : les femmes sont structurellement plus exposées, non par faiblesse individuelle, mais parce que ce mécanisme est inscrit dans la conception des plateformes.

Au lieu de célébrer l’individualité et le body positivity, les géants des réseaux sociaux alimentent la misogynie sur leurs propres plateformes. Et la consommation, évidemment. Ce qui arrange plutôt bien des gens comme Mark Zuckerberg et Jeff Bezos.

Pour cette enquête, j’ai parlé avec 63 personnes d’origines, de métiers et d’âges très différents. Les voix qui suivent en sont une sélection. À l’analyse, 62 % d’entre elles décrivent une fracture entre beauté perfectionnée et naturel assumé. 63 % estiment que la société valorise davantage « avoir une belle apparence » que « se sentir bien ».

Les vieilles hiérarchies n’ont pas disparu pour autant. On prête toujours aux personnes jugées attirantes des avantages sociaux et professionnels : le fameux « pretty privilege ».

Franzisca Gartenmann, fondatrice de Keen Wellbeing, se souvient précisément du basculement : « Quand Instagram est vraiment entré dans le quotidien, vers 2014, il y a eu tout à coup, en permanence, des images soigneusement choisies de corps ultraminces. Je me souviens encore très bien de ces moments où j’étais convaincue que la beauté, c’était manger moins, prendre moins de place. »

Son expérience n’a rien de particulièrement inhabituel. C’est précisément tout le propos. La photographe Raphaela Pichler se surprend encore à se demander : « Pourquoi est-ce que j’associe toujours la minceur à la beauté ? » Même Heidi Clements, 65 ans, créatrice de contenu et militante pro-âge, connaît le même vieux réflexe : prendre du poids la tire vers le bas, dit-elle, et elle s’agace que cela ait encore ce pouvoir sur elle.

Leyla Hajrovic in a white tailored look, holding a pale woven clutch in a softly lit interior.
Leyla Hajrovic
Black-and-white close portrait of Charles Blunier in a dark shirt, his arm folded across his chest and a watch at his wrist.
Charles Blunier

Que se passe-t-il donc dans une culture où l’Ozempic est devenu un symbole de statut ? Aux Oscars, en mars, c’était plus visible que jamais : visages tendus et extrêmement lissés, corps maigres et entraînés, presque disparus dans leurs créations haute couture. Demi Moore dans sa robe à plumes Gucci réalisée sur mesure. De nombreux médias ont trouvé ce look « éblouissant ». Deux jours avant la cérémonie, Kirsten Fleming, du New York Post, avait déjà décrété une « Oscars Ozempic parade » et osé demander si quelqu’un aurait le courage de dire à ces stars maladives à quoi elles ressemblent vraiment.

De fait, Ozempic, Botox, fillers et chirurgie esthétique ne relèvent plus du choix de style de vie. Ce qui peut s’optimiser reste rarement facultatif. Leyla Hajrovic, influenceuse dans l’univers du luxe, porte un regard très critique sur cette évolution : « Nous vivons à une époque où le savoir n’a jamais été aussi accessible, qu’il s’agisse des techniques, des risques ou du choix des bons médecins. Je trouve d’autant plus difficile de voir des gens aborder des interventions, surtout invasives, presque à la légère. Les réseaux sociaux, en particulier, banalisent certains traitements, voire les romantisent. »

Charles Blunier, directeur de création à Zurich et directeur de publication du magazine international STUDIO Magazine, le formule autrement : « L’auto-optimisation suggère souvent que nous ne sommes pas assez. Je ne crois pas à l’optimisation, mais à la précision : il ne s’agit pas de devenir quelqu’un d’autre, mais de montrer plus clairement qui l’on est. » Philipp Rossmann, journaliste indépendant, trouve tout ce débat « d’un ennui absolu et sans aucun style ». Il n’a aucune envie de se faire injecter du sperme de saumon ou quoi que ce soit du genre, quelle que soit la pression de son entourage : « J’adore pouvoir bouger mon visage, front compris, même si cela veut dire que j’y ai désormais des rides visibles. »

Black-and-white portrait of Elay Neal Moses with closely cropped hair, wearing a dark jacket detailed with small pins.
Elay Neal Moses
Black-and-white portrait of Stephanie Neubert with long wavy blonde hair, wearing a fitted dark denim dress.
Stephanie Neubert

Elay Neal Moses, photographe et réalisateur, met sur la table un sujet dont on parle trop peu ici : « La laideur ressemble parfois presque à la fille illégitime qu’on a chassée du village. J’ai le sentiment qu’un discours plus ouvert sur la laideur pourrait même faire du bien à la beauté. » Reste à savoir qui a le droit, au fond, de décider de ce qui est beau ou laid.

II. Soin ou contrôle ?

Longévité, biohacking, auto-optimisation, et la question de savoir pour qui nous faisons tout cela.

Nous traversons ce qu’on appelle une phase holistique, et ce n’est pas un hasard. Longévité, biohacking, autodétermination : une industrie du bien-être qui pèse des milliards et toute une génération de gourous de l’auto-optimisation ont érigé ces termes en nouvelle norme. L’une de mes questions d’interview était : « À quoi reconnais-tu que le soin bascule dans le contrôle ? » Pour avoir souffert d’anorexie à l’adolescence, je sais assez bien y répondre moi-même.

Stephanie Neubert, fondatrice et rédactrice en chef de HEYDAY, un magazine pour les femmes de plus de 40 ans, le dit ainsi : « Prendre soin de soi peut être quelque chose de très beau : le mouvement, les soins, la santé. Mais quand cela devient une surveillance permanente de soi, la beauté perd sa légèreté. Pour moi, la question la plus importante est : est-ce que je fais cela par attention pour mon corps, ou par peur de ne pas être à la hauteur ? »

Hugo Tiburccio, CEO de The Front Row Group, dont les bureaux vont de Los Angeles à Tokyo, répond avec une radicalité poétique : « … quand ma voix intérieure devient punitive. Quand les rituels cessent d’être un soutien et deviennent compulsifs, quand les chiffres dictent l’humeur et que le miroir devient un lieu d’inspection plutôt que de reconnaissance. » Je sais de quoi il parle. En pleine périménopause, avec quelques kilos de plus, j’y suis encore jusqu’au cou.

Close portrait of Kelley Ralph with a short blonde bob, framed by pale outerwear over a black high-neck top.
Kelley Ralph
Black-and-white portrait of Matin Maulawizada wearing oversized dark-rimmed glasses and a crisp white shirt.
Matin Maulawizada

Les conversations aident. Celle avec Kelley Ralph, par exemple. La psychothérapeute transpersonnelle et intégrative, installée à Londres, explique : « Je ne regarde plus l’enveloppe extérieure. Je sens à quel niveau quelqu’un se situe, et cela m’en dit bien plus que n’importe quel visage. » Ce qui m’amène directement à la question suivante : que révèlent nos visages sur nous, même quand nous ne le voulons pas ? Ou quand ils n’en sont plus capables ?

Dans la rue comme dans nos feeds, de plus en plus de visages, de femmes comme d’hommes, se ressemblent au point de se confondre. Ce n’est pas un jugement, plutôt une observation que la science appuie : selon la revue systématique de Xu et al., les réseaux sociaux uniformisent structurellement les idéaux de beauté, quels que soient l’origine, l’âge ou la couleur de peau. Ce n’est pas que nous voulions tous la même chose. C’est que l’algorithme nous montre toujours les mêmes visages. Matin Maulawizada, maquilleur à New York, qui prépare depuis des décennies des célébrités pour les tapis rouges, raconte : « Quand c’est bien fait, ma première pensée passe de “waouh, joli” à “waouh, il ne reste plus rien de singulier”. Tout se fond dans un gabarit. »

III. Le visage immobile

Ce que racontent les visages, et ce qui se passe quand ils ne le peuvent plus.

Il existe dans le cerveau une zone appelée aire fusiforme des visages, spécialisée dans les visages. Une grande partie de ce que nous y lisons, ce sont des schémas de mouvement. Quand ils manquent, nous percevons le visage comme flou, diffus. Même lorsqu’il est techniquement parfait. En janvier 2026, dans Allure, la journaliste beauté américaine Valerie Monroe a appliqué aux visages botoxés la notion de vallée de l’étrange, forgée en 1970 par le roboticien japonais Masahiro Mori : ce malaise singulier qui surgit quand quelque chose paraît presque humain, mais presque seulement.

Ce qui se joue là dépasse le problème esthétique. En avril 2026, dans The Cut, Emmeline Clein a rappelé qu’une grande part de notre éducation émotionnelle passe par les micro-expressions, ces infimes mouvements inconscients du visage que nous ne produisons pas volontairement et ne percevons pas consciemment. Qui ne peut plus les montrer ne limite pas seulement sa propre expressivité. Le visage devient illisible pour les autres. Même les émotions négatives y restent cachées.

Portrait of Anna Rosenwasser with short dark hair, wearing a blue marbled shirt and looking away from the camera.
Anna Rosenwasser
Close portrait of Melanie Winiger with dark hair loosely tied back, wearing a structured charcoal high-collared coat.
Melanie Winiger

Melanie Winiger, mannequin, animatrice et entrepreneuse, appelle les choses par leur nom : « La frustration, tu ne peux pas l’effacer au Botox. Les rides, oui. Mais ce qui est frustré, tout au fond de toi, ça reste. » Anna Rosenwasser, conseillère nationale au Parlement suisse, constate : « Tout ce qui nous fait paraître plus jeunes nous permet d’exprimer moins de colère. Sur le visage. » Ou moins de joie.

Je l’ai vécu en 2018 : je me suis fait injecter la ride du lion, absurdement, juste avant le tournage d’une vidéo de face yoga pour l’ancien magazine Friday. J’en ai eu tellement honte que je n’ai plus jamais refait de Botox.

Les visages jeunes sont des visages agréables, des visages qui exigent moins. At Hergett, créateur de contenu et designer produit aux racines thaïlandaises, a mis longtemps à se libérer de ce dogme. Seul enfant asiatique de son école maternelle, il avait une image faussée de ce à quoi il devait ressembler ; à l’époque, il voulait même se faire opérer le nez. Avec le temps, il a appris à ne plus prendre automatiquement les standards de beauté occidentaux comme référence : « Depuis que je ne considère plus seulement les traits eurocentrés comme beaux, je vois de la beauté en tout. » Philipp Rossmann : « Je suis convaincu que, d’ici quelques années, l’expressivité naturelle fera son retour et que les signes de l’âge seront considérés comme chics. » J’espère qu’il a raison.

Black-and-white portrait of At Hergett with short dark hair, wearing a simple black polo shirt against a pale background.
At Hergett
Philipp Rossmann with long light hair and a pale striped shirt, photographed in front of a stack of chopped wood.
Philipp Rossmann

Joëlle Ciocco, facialiste à Paris et fondatrice de la méthode Épidermologie®, se consacre depuis plus de cinquante ans à comprendre la relation « peau-âme », avec la profonde conviction que l’équilibre naturel de la peau est la clé de sa longévité. Son verdict sur les routines beauté excessives est sans appel : nous aurions perdu l’hygiène de base et la compenserions par une « obésité cosmétique » : trop de produits, trop de couches, des actifs qui s’annulent, au détriment de la peau. Elle se réclame de Platon : « Le vrai, le bien, le beau, trois fondements indispensables à la croissance de la vie intérieure. »

Cette citation me rappelle une philosophie taoïste qui me parle profondément : notre énergie façonne notre visage. Non pas ce que l’on fait, mais ce que l’on est. Une personne pleinement elle-même dégage une force magnétique dont on ne peut détacher le regard. Que les coins de sa bouche tombent ou qu’elle ait un cou de dindon : aucune importance.

On dirait du jargon bien-être, je sais. Puis Sophie Carbonari dit une phrase qui, pour moi, résume tout : « La beauté est cohérence. Elle naît quand l’intérieur et l’extérieur cessent de se battre. La beauté n’est pas le lisse. Elle est intégrité. » Pas étonnant que des stars comme Naomi Campbell et Rihanna fassent confiance à cette esthéticienne parisienne.

Portrait of Sophie Carbonari looking towards the camera in a softly lit interior.
Sophie Carbonari
Joëlle Ciocco seated and smiling, wearing a pale cable-knit sweater with patterned trousers.
Joëlle Ciocco

IV. Le contre-mouvement et ses limites

Pro-âge sur les podiums. SkinnyTok dans le feed. D’où vient cette contradiction ?

Cette conviction encore discrète semble prendre la forme d’un contre-mouvement. En mars, Joan Juliet Buck, 77 ans, ancienne rédactrice en chef de Vogue Paris, publiait un selfie pris dans sa salle de bains, sans maquillage ni filtre. Il est devenu viral. Sa légende : « Le visage que je ne pensais pas avoir. » Joan Juliet Buck a ainsi montré que la vieille croyance selon laquelle « vieillir n’est pas pour les faibles » perd peu à peu de sa force, du moins en matière de beauté.

Selon un article du New York Times d’avril 2026, lors des derniers défilés, seules 5 % des vingt plus grandes marques ont fait défiler des mannequins grande taille, mais toutes ont fait appel à des mannequins plus âgés. Chanel a ouvert son défilé prêt-à-porter automne-hiver à Paris avec Romae Gordon, 50 ans. En coulisses, la consigne de Matthieu Blazy était claire : pas de retouches, ne rajeunir personne. « Come as you are », disait le brief.

La sociologue Ashley Mears, professeure à l’Université d’Amsterdam, nomme le paradoxe sans détour : les femmes plus âgées sont plus visibles, mais elles ne font pas leur âge. La visibilité a un prix. La Rica, performeuse, artiste drag et journaliste, trouve des mots encore plus nets : « Le monde devient plus fasciste, et ces tendances se reflètent dans les idéaux de beauté. Ceux qui en ont les moyens s’optimisent, se forgent un corps d’acier, misent sur des outils d’analyse et la chirurgie esthétique. Tous les autres doivent se débrouiller pour avancer, s’ils ont seulement le temps de se poser ces questions. Souvent, il s’agit de survivre. »

Word. Car les podiums ont beau vivre leur moment pro-âge, SkinnyTok fait rage sur les réseaux. La femme politique française Clara Chappaz a qualifié le hashtag de « répugnant et absolument inacceptable », TikTok l’a ensuite retiré des résultats de recherche dans le monde entier. SkinnyTok existe pourtant toujours, caché derrière de prétendus conseils santé.

Joanita Sidi, qui travaille au Ghana comme responsable des opérations et de l’expérience client dans un contexte interculturel, pointe par ailleurs un glissement qu’elle observe depuis des années sur les corps : « En tant que femme noire, j’ai vu des traits comme des fesses plus rondes ou des lèvres plus pleines être autrefois moqués. Aujourd’hui, beaucoup de femmes blanches s’approprient précisément ces formes par la chirurgie. Je trouve cela problématique à plusieurs niveaux. » Ce que l’industrie de la beauté ou le clan Kardashian-Jenner érigent aujourd’hui en norme n’a pas grand-chose à voir avec l’inclusion. C’est un idéal de beauté absurde de plus.

Close portrait of Momo Tanner with long dark hair, resting her face against one hand beside black-and-white patterned fabric.
Momo Tanner

Heureusement, des propos comme ceux de Franziska Glauser redonnent du courage. La créatrice de contenu et militante plus-size dit : « Les régimes, cette haine de moi m’a coûté 20 ans de ma vie. Je ne veux plus jamais revenir là. » Et puis il y a ce que la danseuse contemporaine et chanteuse Momo Tanner a dit de sa mère : « Elle a soixante-dix ans et reste pour moi la plus belle femme du monde. Depuis ses soixante ans, dit-elle, sa vie ne cesse de s’embellir, chaque jour un peu plus. Il y a dans sa vitalité quelque chose de merveilleusement enfantin. »

Ce qui me fait immédiatement penser à mon dé-influenceur préféré du moment, Leon de @xskincare, qui répète dans ses vidéos Insta et TikTok : « Vous êtes tous beaux comme vous êtes ! » Leon lui-même a été la cible d’une vague de body-shaming après un passage à la télévision début 2026. Ce qui en dit long.

V. Éclaircies

Là où la pression se relâche, et ce qui apparaît en dessous.

Dans The House of Beauty (W. W. Norton, 2025), l’autrice Arabelle Sicardi décrit la beauté comme un océan rempli de choses, et nous tous comme des êtres qui tentent de ne pas s’y noyer tout en cherchant la main de quelqu’un parmi les décombres. Raison de plus pour dire que les 63 conversations menées pour cette enquête apportent de la lumière et de l’espoir.

Ce qui m’a frappée : presque personne n’a décrit la beauté par l’apparence. La créatrice de bijoux munichoise Saskia Diez dit : « Pour moi, la beauté a beaucoup à voir avec l’amour. » Nick Steward, fondateur de la maison de parfums Gallivant, nomme l’imperfection : « Les plus belles choses ont un peu d’imperfection en elles. Elles ont l’air d’avoir été vécues. » Lina Hanson, fondatrice de la marque de soins qui porte son nom, le dit le plus simplement : « La beauté n’est pas quelque chose que l’on atteint ou que l’on corrige. C’est quelque chose que l’on incarne. »

Black-and-white portrait of Saskia Diez with closely cropped hair, wearing a dark jacket and long fine earrings.
Saskia Diez
Lina Hanson smiling in a pale blue shirt, with long softly waved hair falling over one shoulder.
Lina Hanson
Portrait of Carmen Meier-Meister with long silver hair, dressed in black and resting her chin on one hand.
Carmen Meier-Meister

Et une conversation de plus m’a rendu le vieillissement moins effrayant, pour moi comme pour l’homme que j’aime. Carmen Meier-Meister, qui, à près de 75 ans, fait carrière comme mannequin, y compris sur les podiums internationaux, raconte : « Chaque personne a quelque chose de beau. Que ce soit le charisme, l’attitude, l’individualité, le naturel. Aujourd’hui, ça n’a pas besoin d’être beau, ça doit être intéressant et expressif. C’est ça, la vraie beauté. Et : être vrai, c’est mieux qu’être parfait. »

Franchement ? Je me tatouerais bien la dernière phrase de Carmen sur l’avant-bras droit, juste à côté du mot grec qui dit la lumière et du mot anglais victory. Cette enquête et ces conversations me font regarder l’avenir de la beauté avec espoir. Et Sophie Carbonari a entièrement raison : « La beauté n’est pas quelque chose que l’on poursuit. C’est quelque chose qui arrive quand on cesse de lutter contre soi-même. » Reste qu’en moi, la lutte fait encore rage.

Mais j’ai eu récemment une sorte d’épiphanie, liée à mon poids actuel. Je traverse une période de ma vie qui demande manifestement plus de substance et plus de force. Une Irène très, très mince ne tiendrait pas le quotidien émotionnel qui est le mien aujourd’hui. J’en suis très reconnaissante, et j’arrive désormais à dire à mon reflet : je t’aime. Tu es belle. Et : tu es bien comme tu es.

Le Super Flattering Beauty Index a d’abord paru dans le numéro imprimé N°01 de Super Flattering, été 2026.

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